Découvrez l’interview de l’atypique Jarry

jarry-atypique-affiche-bdEtoileCasting revient sur sa rencontre avec l’humoriste et chroniqueur Jarry. Depuis bientôt 2 ans son One Man Show, Atypique cartonne dans toute la France. Jarry sera à l’affiche du Bobino ! en Décembre à Paris, puis en tournée dans toute la France avant de finir en octobre à l’Olympia ! Découvrez l’interview de l’atypique Jarry :

EtoileCasting (EC) : Pourquoi as-tu voulu faire le métier de comédien ?

Jarry : Je viens d’une famille où mes frères passaient leur temps à jouer à la guerre et au football mais bizarrement je ne jouais jamais avec eux. Je préférais jouer à Sissi l’impératrice dans ma chambre et m’entraînais à mourir au ralenti. Je pouvais passer des heures à faire ça, à danser devant mon miroir en reprenant les chorégraphies de Michael Jackson. De mémoire j’ai toujours eu ce besoin de jouer ! Après j’ai eu une période de mon adolescence où j’étais très timide, j’observais le monde autour de moi comme si j’étais ailleurs : comment les gens vivent, réagissent entre eux… Ça inquiétait tout le monde, donc mon prof de français a dit à ma mère qu’il fallait absolument que je joue dans le spectacle de fin d’année pour m’ouvrir aux autres. Je devais juste apporter une cruche d’eau sur scène mais je l’ai faite tomber tellement j’étais tétanisé. La salle a rigolé et ça à changer ma vie ! Ce jour là je me suis dit : « les gens me voient et je les fait rire » ! Je sais donc en quoi le théâtre m’a sauvé la vie et c’est pour ça que j’ai plaisir à le partager avec les gens.

EC : Tu es souvent considéré comme différent des autres humoristes. Penses-tu que cela ait contribué à ta réussite ?

Jarry : Tu sais je me trouve sincèrement banal, comme tout le monde sauf qu’on m’a toujours considéré différemment. Quand j’étais petit les amis de mes parents disaient que je n’étais pas comme mes frères. A l’école on disait que j’étais très sensible, puis j’ai fait de la danse et mes potes me disaient que c’était bizarre. Tu l’entends toute ta vie. Juste parce que j’aimais danser sur du classique plutôt que de jouer à la console, j’étais considéré comme différent. Plus tu cherches à ressembler aux autres, plus on te dit que tu es différent. Pendant des années ça m’a vraiment fait du mal parce que j’avais le sentiment de devoir subir des choses alors que je ne demandais rien du tout. Je pense qu’on est à une époque où c’est très dur d’être différent, où on essaie de tous nous mettre dans le même sac mais je prône le fait que celui qui ne nous ressemble pas à beaucoup à nous apprendre. Prenons le temps de le mettre en lumière !

EC : Tu as commencé par la comédie, comment en es-tu venu à faire de l’humour ?

Jarry : Je voulais être un grand tragédien, je rêvais de jouer Othello à la Comédie Française mais à chaque fois que je jouais des pièces classiques je faisais rire les gens. Les metteurs en scène venaient me voir un peu gênés en me disant que le soucis c’était que je rendais comiques, les pièces tragiques. J’ai toujours eu ce problème dans ma vie, je fais rire les gens dans des événements tragiques. Je peux arriver sur un enterrement et faire rire le prêtre, c’est terrible parce que je ne veux pas. Tout le monde me disait que j’arrêtais pas de les faire rire donc je me suis dis que j’allais essayer. Pour moi, c’est aussi noble de faire rire les gens que de jouer de la littérature classique. Les gens me donnent tellement sur scène que je me dis que je n’aurais pas pu passer à côté de cela. J’ai toujours aimé les gens que quand les gens te le rendent ça fait taire toutes les personnes qui disent que l’être est égoïste. Quand tu prends le temps de regarder une minute, il y a quelque chose de génial dans chaque personne. Avec tout ce qui se passe aujourd’hui, les attentats et la peur, je suis tellement content de faire rire les gens et de répondre à cet extrémisme par le rire et par ma différence ! J’ai l’impression d’être un Othello des temps modernes qui leur dirait puisque tu m’interdis de rire et d’être ensemble, je suis là !

EC : Où trouves-tu l’inspiration pour ton spectacle ?

Jarry : J’écris mes spectacle parce que je pense que c’est compliqué d’écrire pour moi. Quand tu lis mes textes pour la première fois tu te dis que ce n’est pas drôle mais une fois joué, ça le devient. C’est ce qui fait aussi que j’aime ce que je fais car je pense qu’il n’y a que moi qui peut le faire. Je m’inspire des gens qui m’entourent et des rencontres. J’adore l’absurde et l’imprévu !

EC : Qu’est ce qu’on doit s’attendre à voir lorsqu’on vient à ton spectacle ?

Jarry : Quand j’ai écris mon spectacle je ne voulais pas qu’il ait les conventions du spectacle d’humour, donc pas de sketchs, pas de noir entre chaque partie. Je ne voulais pas faire de politique parce que je trouve que le monde va mal et que ce sont des sujets où on est un peu tous perdus. Je ne voulais pas faire d’humour communautaire parce que c’est tout ce que je déteste. Je crois qu’on est fait pour vivre ensemble donc je ne vois pas pourquoi je m’adresserais à une communauté plutôt qu’une autre. Il y a environ 20 à 25 min d’improvisation pendant le spectacle, où je m’intéresse aux gens qui viennent. Je suis parti de ce que j’ai vécu : j’ai testé des métiers pour savoir ce qui peut motiver les gens à se lever le matin. Je voulais rencontrer des personnes que je n’aurais jamais croisé dans ma vie, des métiers que je n’aurais jamais fait comme prêtre ou caissier. Tous ces métiers m’intéressaient et je l’ai donc restitué sur scène pour dire aux gens que l’habit ne fait pas le moine ! Comme on m’a dit toute ma vie que j’étais différent, j’avais envie d’aller voir la « normalité » des gens et je me suis rendu compte qu’ils étaient tous complètement barrés et atypiques ! Enfin je voulais faire un spectacle familiale parce que quand j’étais petit je n’ai aucun souvenir d’être aller voir un spectacle avec mes parents et je trouve qu’aujourd’hui on a besoin de ce lien social. Je me suis pris la tête pour qu’on rigole toutes les 4 secondes, pour ne pas qu’il y ait des longueurs. Je suis content du résultat !

EC : Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui souhaite devenir humoriste ?

Jarry : Prends tous les gens qui ne t’aiment pas et tant que tu ne les fait pas rire pendant 1h, continue de travailler ! N’écoute pas les gens qui t’aiment parce que les gens qui t’aiment ne te feront jamais avancer. Ceux qui te feront avancer sont les personnes que tu dois convaincre. Même quand tu réussis tu dois continuer de travailler. C’est très compliqué de prouver aux gens qu’ils peuvent avoir confiance en toi, donc il faut se battre ! Quand j’ai commencé l’humour on me disait « tu ne réussiras jamais« . Aujourd’hui ce sont ces mêmes personnes qui me disent qu’ils y ont toujours cru. L’être humain peut être de très mauvaise foi ! Je donne beaucoup de master class et je m’occupe de beaucoup d’artistes qui rêvent de réussir. J’adore révéler l’infiniment petit chez les gens et leur faire comprendre que c’est en révélant cela qu’ils seront différents des autres. Je pense qu’il faut se dire que nul n’a la réponse et qu’il n’y a aucune vérité pour réussir. Il y a autant de vérité qu’il y a de personnes qui ont envie de faire ce métier. Chacun doit découvrir et faire les choses en son âme et conscience, je pense que c’est le plus important.

EC : Tu as grandi à Angers, que réponds-tu aux personnes qui ne pensent pas pouvoir réussir en venant de Province ?

Jarry : Je l’ai souvent entendu car je viens d’un tout petit village de 600 habitants. Quand je suis arrivé à Paris j’ai découvert qu’il y avait des gens de couleur pour vous dire. C’est difficile, en arrivant sur Paris les gens m’ont snobé. Je passais des castings et on me disait souvent « vous connaissez cette technique en Province ?« . J’ai jamais voulu être connu je voulais seulement m’amuser, il y a une grande différence. Je le dis toujours, moi ma vie elle n’a pas changé, juste je suis reconnu dans la rue mais je continue à faire mes courses, à promener mon chien. C’est plus contraignant parce que ça met plus de temps mais ça n’a pas changé. Ma famille est resté vivre dans son village de 600 habitants ça t’aide à garder les pieds sur terre ! Je n’ai jamais cherché la notoriété, pour débuter j’ai fais plein de projets qui n’étaient pas payés mais dans lesquels je m’éclatais. Bizarrement ce sont ces projets là qui m’ont ramené le plus de contacts. Il faut faire ce métier avec passion car c’est tellement dur. Je dis souvent aux gens que si je devais refaire le parcours je ne le referais pas. On rencontre des obstacles tout au long de sa carrière même encore aujourd’hui. C’est un métier qui demande beaucoup de temps, ça t’enlève du lien social alors que tu es là pour en faire. Bizarre !

EC : Avec quelle personnalité aimerais-tu travailler ?

Jarry : Il y a une personne avec qui j’aimerais retravailler qui est Didier Bourdon, un des Inconnus. J’aimerais beaucoup également mettre en scène Florence Foresti pour l’emmener dans un univers encore plus décalé. Mais là, je vais écrire un spectacle pour Valérie Damidot qui va bientôt monter sur scène !

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